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L’édition théâtrale à la croisée des chemins

Phénomène de niche, depuis près de trente ans, elle s’est développée à la marge après l’abandon de la publication du genre théâtral par les maisons généralistes.

Acteurs et chiffres-clés

Aujourd’hui, une vingtaine de maisons spécialisées publient 65 % des titres, le reste de la production étant assuré par les publications occasionnelles d’une centaine de structures  (comme Gallimard, P.O.L., Minuit, Flammarion ...).

Cinq maisons spécialisées se détachent largement en terme de chiffres d’affaires : Actes Sud-Papiers, L’Arche, L’Avant-Scène Théâtre, les éditions Théâtrales et Les Solitaires intempestifs. Chacune fonctionne selon un modèle économique qui lui est propre, toutes ont fait le choix de l’indépendance.

  • La collection Papiers (créée en 1985 et dirigée par Claire David) fait d’Actes Sud, l’unique maison généraliste publiant du théâtre régulièrement. Ses publications s’appuient essentiellement sur des créations scéniques.
  • L’Arche (créée en 1949 et dirigée par Rudolf Rach) a en quelque sorte importé le système éditorial allemand reposant sur une puissante agence d’auteurs : la gestion des droits de représentation de certains de ses dramaturges assure la pérennité de la partie éditoriale.
  • L’Avant-Scène Théâtre (créée en 1949 et propriété de Philippe Tesson) est avant tout une revue d’actualité théâtrale publiant deux numéros mensuels, mais qui s’appuie également sur une collection de livres, « Les Quatre Vents ».
  • Les éditions Théâtrales (créées en 1981 et dirigées par Jean-Pierre Engelbach) défendent leur indépendance par des publications en amont de tout projet de création et par le montage de coéditions avec des structures théâtrales.
  • Les Solitaires Intempestifs (créées en 1992 et dirigées par François Berreur) conservent l’énergie de la compagnie théâtrale qui a prévalu aux débuts de l’aventure avec Jean-Luc Lagarce, tout en s’appuyant parallèlement sur une structure associative dédiée aux ressources du théâtre vivant, theatre-contemporain.net.

Une quinzaine d’autres petites structures s’inscrivent dans le paysage français comme Espace 34, Le Bruit des autres, Lansman, Art et Comédie, L’Espace d’un instant, La Fontaine, L’Amandier, Voix navigables, Quartett, L’œil du souffleur...

Le chiffre d’affaires global du marché du livre de théâtre est estimé entre 8,5 et 10 millions d’euros1 (65 % pour les seules publications contemporaines, le reste étant constitué par la vente des petits poches classiques), soit entre 0,1 et 0,2 % de l’édition française.

Alors que la production était tombée à moins d’une centaine de titres dans les années 1970, les nouveautés de théâtre atteignent aujourd’hui les 450 titres2 dont 80 % concernent le contemporain et 20% les rééditions classiques. 63% des auteurs publiés sont français, 12 % d’expression française et 25 % sont des traductions.

Note 1. En 2007, le chiffre d’affaires global de l’édition française atteignait les 2,9 milliards d’euros selon l’enquête annuelle du Syndicat national de l’édition. Notre estimation du chiffre d’affaires de l’édition de théâtre a été établie à partir des chiffres de cette enquête, mêlés avec les chiffres de la poésie, et par une pondération intégrant des données de l’ensemble des maisons de théâtre, qui ne répondent pas toutes à l’enquête du fait de leur petite taille.

Note 2. Nos chiffres sont issus du croisement de plusieurs sources : la rubrique "Les livres de la semaine" de Livres Hebdo, l’enquête annuelle du SNE et les relevés du dépôt légal de la BNF.

Caractéristiques du secteur

Plusieurs grands traits caractérisent le secteur :

  • la répartition géographique présente un léger avantage pour la Région Île-de-France qui concentre une douzaine de maisons contre une dizaine en province. Mais 70 % du CA est réalisée en territoire francilien ;
  • si les plus importantes maisons sont de droit privé, les structures associatives demeurent présentes ;
  • même si la vente directe subsiste comme la survivance d’un passé « militant », le choix de la librairie a été largement entériné (aujourd’hui 80 % des livres de théâtre se vendent en librairie ;
  • le théâtre est un « genre à écoulement lent » selon la terminologie du CNL, qui accorde au secteur des subventions qui représentent moins de 10 % des budgets des principales maisons ;
  • le pilon est marginal et les titres publiés depuis vingt ou trente ans restent majoritairement disponibles ;
  • le secteur vend en moyenne près de 60 % de fonds (ouvrages publiés depuis plus de deux ans).

Forces et faiblesses

Le secteur de l’édition théâtrale a fortement progressé depuis le début des années 1980, multipliant par quatre son chiffre d’affaires3. La qualité des livres de théâtre s’est largement améliorée et ils se trouvent facilement en librairies : le secteur de la librairie spécialisée est un des premiers clients de l’édition théâtrale, mais des rayons théâtre ont été développés dans les grandes surfaces culturelles et les grandes librairies indépendantes.
Certains marqueurs constituent toutefois des freins au développement, voire des dangers à moyen terme.

D’une part, le secteur reste majoritairement en auto-diffusion et auto-distribution ce qui assure une certaine réactivité et garantit une indépendance, mais induit des difficultés futures en termes de référencement. Seules Papiers chez UD-Flammarion et Théâtrales chez CDE-Sodis sont en diffusion/distribution externes.
D’autre part, l’édition théâtrale semble être menacée de surproduction. L’association Aneth estime ainsi entre 600 et 800 le nombre de textes écrits annuellement : plus de la moitié serait publiée, ce qui conduit à un engorgement du marché et nuit à la qualité esthétique du genre.

Le dédain médiatique réel ne vient qu’aggraver cette carence de critique. Les éditeurs représentant une de seules instances critiques du genre théâtral, l’importante production éditoriale actuelle risque de confiner à la consanguinité. L’édition théâtrale a le choix aujourd’hui entre poursuivre une production toujours plus massive ou se concentrer sur une diffusion efficace des titres déjà produits. Pour marcher sur ses deux jambes, elle doit donc penser aujourd’hui production de qualité et diffusion efficace en direction de ses publics.

Note 3. En 25 ans, le chiffre d’affaires global de l’édition française a progressé de 150%, celui de l’édition théâtrale de près de 300%.

Focus sur l’édition théâtrale jeunesse

À la suite du mouvement de la littérature jeunesse, les collections de théâtre jeune public apparues chez les spécialistes dès les années 1980, mais structurées de façon professionnelle au début des années 2000 ont massivement modifié l’économie du secteur. Aujourd’hui, une dizaine de collections existe, les trois leaders du marché étant la collection « Théâtre » de l’École des loisirs, « Heyoka Jeunesse » chez Actes Sud-Papiers et « Théâtrales Jeunesse » aux éditions Théâtrales. Entre 80 et 120 nouveautés sont produites chaque année. Certains de ces titres trustent les premières places aux palmarès de vente de ces éditeurs.
Le mouvement a été initié par la mise au programme de l’Éducation nationale de plusieurs titres depuis 20024  repris par des réseaux de plusieurs natures : comités de lecture organisant des valises théâtre dans des théâtres subventionnés notamment, associations d’éducation artistiques et presse spécialisée. Illustration de ce bouleversement, alors que les meilleures ventes de titres contemporains « tout public » atteignent rarement les 1 000 exemplaires annuels, les titres jeunesse dépassent régulièrement les 3 à 4 000. La palme du secteur revenant au Long voyage du pingouin vers la jungle de Jean-Gabriel Nordmann, avec plus de 70 000 exemplaires vendus depuis sa publication en 2001 par La Fontaine.

Note 4. La liste des "oeuvres de référence pour une première culture littéraire en cycle III" a été créée par la DGESCO du ministère de l’Education nationale en 2002, puis réaménagée successivement en 2004 et 2007 http://eduscol.education.fr/D0102/liste-th.htm

Un article de Pierre Banos, auteur d’une thèse sur le sujet et directeur adjoint aux éditions Théâtrales.

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