© S. Ortola
Le secteur de l’édition ne connaît pas la crise ... en termes de sujets et de défis. L’économie de la filière est fragile et l’environnement social, culturel et technologique tend à bousculer les habitudes. C’est sans doute la librairie qui souffre le plus des évolutions récentes : tassement des ventes, développement d’Amazon, focalisation sur le livre numérique, hausse du prix des loyers, très faible rentabilité ...
Pour autant la librairie reste un lieu central pour non seulement faire « parler le livre » mais aussi pour animer la vie culturelle d’un territoire, favoriser les rencontres et les échanges entre voisins ou habitués. C’est magique et cela ne doit pas être perdu de vue.
Le MOTif est à l’origine de deux études importantes. La première, réalisée avec l’Insee Ile-de-France et l’IAU, sur la filière globale du livre montre l’importance de ce secteur dans la dynamique de la Région Ile-de-France : 1% de l’emploi total est lié à la filière qui génère 6,2 milliards de chiffre d’affaires. C’est loin d’être anecdotique. L’étude montre combien le secteur est atomisé avec une écrasante majorité de libraires et de maisons d’édition qui emploient moins de 10 salariés. L’étude fait valoir que les secteurs plus industriels, notamment l’imprimerie, tendent à s’éloigner non seulement de la capitale mais aussi du bassin francilien. Cela montre que la Région doit adapter ses modes d’intervention à la réalité du tissu économique dans une démarche volontariste d’aménagement du territoire.
L’autre étude, développée avec le MediaLab de Sciences Po, s’intéresse aux usages du livre numérique. On en retiendra que le livre numérique n’a pas su (encore ?) s’ouvrir à des publics nouveaux, ni inventer un autre média. Autant, la radio ou la Tv ne font pas du journal parlé, autant les supports numériques restent, pour l’instant, prisonniers de Gutenberg.
Ces deux études ont été d’excellents supports pour organiser sur le stand Ile-de-France/MOTif au Salon du Livre des tables-rondes qui ont suscité un grand intérêt et permis de faire émerger des questionnements et des demandes précises comme de lancer une réflexion sur la commande publique, de développer une communication spécifique en faveur de la librairie indépendante, d’aider aux échanges entre les libraires franciliens…
Il est apparu que les initiatives prises par le MOTif avec différents partenaires comme Agefos PME, l’INFL, le SLF, l’Alire, pour ne parler que de la librairie autour de la formation aux enjeux du numérique et de la vente en ligne doivent être renforcées. On sait que les ruptures technologiques sont toujours des moments où les plus fragiles risquent de disparaître devant leur impossibilité à mobiliser des moyens humains et financiers pour assurer le passage d’une rive à l’autre. La collectivité a une responsabilité dans le maintien de la diversité éditoriale mais aussi dans le soutien à un secteur économique qui créé de l’emploi, et de l’emploi souvent de qualité et de sens.
Il appartient au MOTif de poursuivre sur cette lancée en fédérant, comme lieu neutre, les libraires, en poussant à une politique de communication qui valorise l’offre et le travail des librairies sur les territoires. Par ailleurs, le MOTif se doit de favoriser le lien avec les territoires y compris ceux qui sont les plus éloignés des villes-centre. Si cela concerne d’abord les médiathèques et les librairies, le soutien à l’ensemble de la filière passe aussi par une sensibilisation des élus à tous les enjeux de la filière et par un travail de longue haleine sur la question des commandes publiques.
La Région Ile-de-France, au premier rang pour soutenir la librairie. L’annonce du dépôt de bilan de la chaîne de magasins Virgin fait légitimement grand bruit. Elle est le symptôme d’une fragilisation croissante de la librairie. La possible disparition des 26 enseignes Virgin, et le millier d’emplois concerné, viendrait une fois encore réduire le tissu de la diffusion de livres. La librairie va-t-elle suivre le funeste destin des disquaires ? L’irrésistible ascension du numérique signe-t-elle la mort programmée de la librairie ? Et avec ce recul, allons-nous voir s’étendre encore le désert culturel et se réduire la pluralité des contenus ? Ce qui est en jeu, n’est rien de moins que le maintien de la biblio-diversité, c’est-à-dire d’une des conditions de la démocratie.
Au-delà de Virgin qui s’inscrit dans une logique de chaîne, ce sont les librairies indépendantes, qui font un énorme travail de médiation auprès du public, qui sont concernées. Elles sont au cœur de la diversité de l’offre éditoriale. Et face aux mutations en cours dans le secteur du livre, elles ne restent pas inactives. En Ile-de-France, plusieurs regroupements significatifs émergent : Librest depuis un certain temps, rejoint récemment par Paris Librairie et Libraires en Seine. Les libraires commencent aussi à intégrer le livre numérique dans leur stratégie commerciale en direction du grand public et aussi des bibliothèques. Des libraires volontaires viennent s’installer sur des territoires fragiles comme les deux gérantes de La Traverse à la Courneuve.
Le maintien et le développement du réseau des librairies indépendantes garantissent la pérennité de centaines d’éditeurs de création dont une majorité est située en Ile-de-France. La librairie indépendante concourt de manière essentielle au maintien d’une édition de qualité, de la lecture et de la vitalité des territoires. Elle contribue, aussi, à conserver plus de 20 000 emplois de qualité et de sens.
Or ces librairies sont le plus souvent des structures fragiles, jamais à l’abri d’un contexte plus tendu. Pour autant, la librairie indépendante est aujourd’hui dans une situation paradoxale. Internet mis à part, elle est le circuit de vente de livres qui résiste le mieux, devant les grandes surfaces spécialisées et la grande distribution, à l’affaiblissement du marché. Elles sont celles qui développent le plus d’animation, d’innovation pour se rapprocher des lecteurs, pour faire coïncider plaisir et découverte, pour aller chercher des personnes qui ne se sentent pas toujours à l’aise avec l’image et la culture du livre.
Ces derniers temps, la Région a multiplié les initiatives en faveur de la librairie : soutien à des projets de développement notamment à travers l’Association pour le développement de la librairie de création (ADELC) qui mène un travail important en Ile-de-France ; appui aux librairies en difficulté grâce au dispositif de garantie bancaire mis en place en 2012, soutien aux projets collectifs et innovants menés par des librairies, incitation au rapprochement entre des publics éloignés, comme les personnes âgées, et le monde de la librairie, soutien à différents salons du livre, exonération de la CET (contribution économique du territoire) pour les librairies labellisées…
En complément des aides régionales, l’Observatoire du livre de la Région Ile-de-France (MOTif) suit l’activité de la librairie sur le territoire et recense ses acteurs. Il accompagne également les libraires avec la mise en oeuvre d’un dispositif de formation sur la vente en ligne et le numérique, des expérimentations et un travail de fond sur la commande publique de livres.
Devant les enjeux majeurs qui s’annoncent, l’appui des politiques publiques, est aujourd’hui plus que jamais indispensable. La Région Ile-de-France devra, avec d’autres acteurs, prendre sa part. Nous organiserons très rapidement des Rencontres régionales avec les libraires et les acteurs des politiques culturelles sur le territoire francilien pour faire émerger de nouvelles pistes en faveur de la diffusion de livre. Y seront abordées notamment les questions liées à la sensibilisation des acteurs locaux à la commande publique de livres, aux loyers, à l’écosystème numérique ...
Alors que les fonds publics sont et seront en baisse, l’un des enjeux majeurs de la nouvelle loi de décentralisation tient dans la capacité à savoir mobiliser et accompagner les acteurs qui sur le terrain cherchent à retisser du lien social, à favoriser les dynamiques économiques, à accompagner les solidarités de proximité, à renforcer l’accès et les pratiques culturelles. Dans ce cadre, la question du livre est centrale. A la fois parce que cela reste la clé première de l’accès à la culture et à l’expression. Mais aussi parce qu’à travers l’écrit, sous toutes ses formes, c’est bien le lien social qui est en mouvement.
Dans les zones rurales et périurbaines, les politiques publiques sont encore plus lourdes à financer et à organiser. La recomposition sociale des territoires a modifié en profondeur la répartition des catégories les plus modestes. Aujourd’hui la majorité des classes populaires, jeunes, actifs et retraités ne vivent plus dans les grandes villes mais sur des territoires ruraux, périurbains, des villes petites et moyennes ; une "France périphérique" qui est fortement marquée en Ile-de-France. Les pouvoirs publics n’ont pas encore pris en compte cette révolution qui implique de fait une évolution des politiques culturelles et un renforcement du rôle des collectivités territoriales. Le paradoxe est que les politiques sociales les plus actives se concentrent dans les métropoles, c’est-à-dire sur les territoires qui produisent l’essentiel de la richesse et qui disposent de la majorité des infrastructures. Cette concentration de la production des richesses mais aussi de l’ingénierie sociale la plus performante dans les grandes zones métropolitaines tend à renforcer les fractures territoriales. C’est d’autant plus vrai, qu’aujourd’hui c’est la France se situant l’écart des grandes métropoles qui subit la crise économique dans ses espaces industriels, et qui va devoir supporter la raréfaction des dépenses publiques, la baisse de la création d’emplois publics dans les années à venir.
Elles nécessiteront de faire évoluer les modes d’agir dans le domaine de l’action culturelle et dans les pratiques en faveur de la démocratisation de l’accès et de la pratique du livre. Dans ce cadre, on doit se poser prioritairement la problématique de l’accompagnement des librairies et des médiathèques, et d’une réelle vision de l’aménagement numérique du territoire. L’enjeu est de renforcer les notions de réseau, de favoriser l’innovation dans les pratiques de diffusion culturelle et de partage des savoirs. Cela passe, en particulier par des délégations de compétences, par le basculement en faveur du soutien au secteur associatif qui joue un rôle central dans la promotion de la culture et du livre, mais aussi en prenant la mesure du rôle d’acteur de l’accompagnement social et culturel tenu par les bailleurs sociaux. L’avenir des collectivités territoriales ne réside-t-il pas en grande partie dans leur capacité à fédérer et accompagner sur les territoires les acteurs du lien social et de la démocratisation culturelle, y compris lorsqu’il est porté par des personnes ou des groupes de personnes ? Dans cette optique, il est vital de renforcer et mieux préciser les responsabilités de chaque structure de décision. On pourrait même imaginer de les adapter au territoire concerné, de repenser l’optimisation et la mutualisation des équipements déjà créées …
La précarisation va aller croissante, d’abord pour les jeunes, les travailleurs peu qualifiés, les femmes seules qui élèvent des enfants mais aussi pour les très âgés et les nouveaux retraités. Si la question sociale est majeure, l’accès au livre, à l’éducation et aux savoirs ne doit pas être relégué au rang d’accessoire car il commande en grande partie l’inclusion sociale et citoyenne des personnes concernées. Mais pour cela, il est essentiel de faire évoluer les pratiques : par exemple, ce n’est pas utile de simplement reproduire – même avec plus de moyens et de personnes – une approche du savoir qui n’a pas marché à l’école.
Dans les territoires ruraux et périurbains, il est essentiel que la collectivité puisse mieux jouer son rôle d’accompagnateur de premier rang, de facilitateur, de garant chargé à la fois de mutualiser les moyens et de fixer un cadre politique et une visibilité à moyen terme pour l’ensemble des acteurs.
Ces enjeux recouvrent ceux de la décentralisation, de l’efficacité dans les politiques d’accompagnement social et de soin, d’une stratégie de soutien à l’innovation sociale et technologique au service de la culture et du livre. Au-delà, c’est la question de l’équité entre les territoires, des priorités et des spécialisations géo-économiques et de la capacité à faire de la dynamique culturelle, sous toutes ses formes, le levier de la société durable de demain.
Dans le monde du livre, la rentrée est toujours sous le double signe de la littérature et de l’école. D’un côté les romans, les fictions, les autofictions, de l’autre les manuels, les vade-mecums, les supports rassurant pour les élèves et surtout pour les parents.
Depuis des années, aussi, la rentrée dans le monde de l’édition se fait sous le signe du pessimisme, de la crise, du recul. Et chaque année, les mêmes discours à propos de l’inflation de titres, de la baisse du goût pour la lecture, de la concurrence de nouveaux supports.
Reste que le livre, sous toutes ses formes, continue de susciter l’intérêt, la curiosité, l’émotion. C’est que le livre, l’écrit, n’est pas un produit : c’est un objet transitionnel entre l’individu et le collectif, une passerelle avec le monde, la modernité.
L’écrit est un support de la pensée, un support pour penser. Le médium étant aussi le message, le livre n’est pas un instrument neutre : on pense de façon plus active et plus critique à travers l’écrit plutôt que par les supports électro-audiovisuels qui produisent le plus souvent de l’émotion, voire de la sidération. Plus rarement de la capacité à comprendre la complexité des choses.
Mais la rentrée 2012 au MOTif ne ressemble pas aux autres rentrées. D’abord parce que j’ai nommé, après un processus collectif de sélection, un nouveau directeur. Ce dernier, Philippe-Louis Coudray, issu du monde des politiques culturelles publiques, a pour mission de donner, avec l’équipe du MOTif, un nouvel allant à l’organisme. Dans des périodes où la ressources publique est en diminution, dans des périodes où la précarité culturelle et sociale se renforce, dans des périodes où l’offre de supports concurrençant le livre n’a jamais été si forte, la mission d’un organisme comme le MOTif est de renforcer sa capacité à soutenir l’écosystème éditorial et à inventer une politique pouvant contribuer à la démocratisation de l’accès au savoir par l’écrit et les livres.
Disons-le tout net sur ces deux plans la situation est mauvaise. La bibliodiversité est en danger en particulier du côté des libraires indépendants qui se battent dos au mur. En Ile-de-France, hormis dans Paris et dans quelques villes, des zones de vie entières sont des déserts éditoriaux.
La situation est pire encore en ce qui concerne la démocratisation culturelle. La réalité est que la lecture est en baisse. La réalité est que l’accès au livre est de plus en plus relié aux origines sociales et culturelles. La réalité est que les populations, jeunes comme âgées vivant loin des coeurs de villes, en cités populaires comme dans le périurbain se sentent guère concernées par l’actualité éditoriale, qu’il s’agisse d’essais ou de fictions.
Ce ne sont pas là des questions corporatistes, exotiques ou germanopratines. L’écrit, à travers le livre qu’il soit papier ou numérique, reste la matrice essentielle de la transmission de la culture, des valeurs et des connaissances. Le MOTif doit prendre sa part dans ce combat car ce sont des enjeux qui touchent directement à la société de demain. A la société que nous souhaitons inventer pour permettre que le vivre ensemble ne se transforme pas en vivre dans des sous-ensembles hermétiques les uns aux autres.
© J-M. Sicot
Lettre adressée à la sénatrice Nicole Bricq, rapporteure générale du Budget et au député Jérôme Cahuzac, président de la commission des Finances, 19/12/2011).
Je tiens à attirer votre attention, alors qu’une Commission Mixte Paritaire se tiendra prochainement, sur la question de la TVA appliquée au livre. Cette TVA, historiquement fixée à 5,5 %, risque de passer à 7 %. Vous le savez, bien évidemment, ce nouveau taux voulu par le gouvernement, voté par l’Assemblée nationale, a été rejeté par le Sénat.
Les premières victimes d’un passage de la TVA à 7 % pour le livre seront les librairies indépendantes. Si cette hausse ne représente qu’environ trente centimes d’euros par livre grand format, elle risque d’avoir un impact psychologique non négligeable sur le consommateur qui pourrait réduire ses achats de livre.
Or, déjà, le prix moyen du panier de librairies est en baisse et le livre, qui était une valeur refuge, connaît depuis 2011 une baisse de ses ventes. Ainsi, le résultat net des librairies s’est établi, en 2010, à 0,3 % alors qu’il était de 1,5 % en 2005. Cette situation frappe en premier lieu les librairies indépendantes qui dépendent le plus souvent du seul livre, contrairement aux grandes surfaces culturelles.
En outre, une hausse de la TVA risque de mettre les libraires devant des difficultés insurmontables dans leur tâche quotidienne. Comment pourraient-ils, demain, si aucune solution n’est trouvée, gérer deux taux de TVA dans un même magasin et sur un même produit, entre les livres achetés à 5,5 % et ceux achetés à 7 ?
On imagine sans peine le casse-tête, si la hausse est reportée sur le consommateur, pour expliquer au client la différence entre le prix imprimé sur la couverture du livre et le prix demandé en caisse. Une mission a été initiée par le gouvernement pour trouver des solutions à ces problèmes. En quelque sorte, c’est un peu comme diligenter les pompiers quand on a allumé l’incendie.
En vérité, la solution la plus simple, la solution de bon sens, la solution juste est de renoncer à cette hausse de TVA pour le livre.
Sociologue, auteur d’une vingtaine d’ouvrages, professeur de sciences de la communication, je suis devenu, après les élections régionales, Président du MOTif, l’observatoire du livre et de l’écrit en Ile-de-France. Pas de hasard : il existe un lien direct entre l’écologie politique, où je m’inscris, et le soutien à la filière du livre.
Lire est un acte politique, un refus de l’utilitarisme, un moyen de s’extraire de l’hyper-consommation. Dans une société du loisir qui réduit l’espace où aiguiser tout esprit critique, le livre conserve cette fonction vitale. Il ouvre le chapitre des bifurcations dont parlait Blanqui.
Editer certains textes, dans ce contexte d’uniformisation et de formatage, relève de la nécessité absolue. Ils aident à penser le monde, à comprendre l’altérité, à refuser le fatalisme.
Vendre des livres est une façon de refuser la marchandisation du monde et de soutenir la rencontre et la confrontation, voire l’expérience érotique du papier dont parle Amos Oz, dans les rayonnages du libraire. Le soutien à la librairie relève bien d’un choix politique. Qui vend quoi ?, l’étude du MOTif sur la répartition des ventes de livres par circuits de vente, a démontré le rôle de la librairie indépendante dans le soutien à une production pluraliste et exigeante.
Ecrire, enfin, c’est refuser la soumission à l’ordre de l’image, à la dictature de l’instant et de l’émotion. C’est faire un pas de côté contre l’accélération sociale que dénonce Hartmut Rosa. Le processus de création littéraire par essence conteste l’ordre de la productivité et de la rentabilité. La maturation, le travail, la rumination, la perte de temps… participent de l’œuvre. A ce titre la rémunération du droit d’auteur est une digue essentielle pour éviter de sombrer dans l’autoritarisme doux dénoncé par Tocqueville où les hommes sont abîmés par le conformisme du banal et de la norme.
L’écologie politique est la seule idéologie d’émancipation apparue depuis le 19eme siècle. La préservation de la biodiversité est un principe majeur. La diversité éditoriale, la bibliodiversité, participe de la même nécessité. Si le livre est l’espace de la construction de l’esprit critique, le pluralisme éditorial est une condition d’une démocratie vivante.
Voilà pourquoi le maintien de la chaîne du livre est un enjeu politique majeur. Nous fêtons les 30 ans de la Loi Lang, qui en contrecarrant le marché a préservé la possibilité du choix, la possibilité de fureter au hasard dans les librairies, ces cathédrales du pluralisme. Bon anniversaire au prix unique, souhaitons pour tous que 2011 soit l’année du prix unique numérique.
Ce qui m’importe, ce pour quoi la Région s’engage, c’est que demeure, à travers le papier ou le support électronique, dans un pays où les libertés reculent, une pensée différente, novatrice, révolutionnaire.
Comme président du MOTif et au nom du groupe Europe Ecologie - Les Verts, j’ai proposé un amendement en faveur de l’exonération de la part régionale de la C.V.A.E pour les librairies labellisées LIR.
Créé en 2008 par le Ministère de la Culture, le label Librairie Indépendante de Référence (LIR) distingue les librairies qui mènent une politique de qualité (fonds important, diversité éditoriale, politique active d’animation…) et dont le capital est détenu à plus de 50% par des personnes physiques. Ce label qui récompense le travail de libraires passionnés a été décerné à 104 librairies franciliennes (67 à Paris, 37 en banlieue). Il exonère la librairie de la Cotisation sur la Valeur Ajoutée des Entreprises (CVAE) qui remplace la Taxe Professionnelle, à la condition que les collectivités qui la perçoivent (Région, Département et Commune) délibèrent en ce sens.
La Région s’est déjà engagée en faveur de l’exonération des cinémas d’art et essai afin de soutenir un secteur économiquement fragile mais essentiel au pluralisme culturel. Les mêmes ressorts devaient être mobilisés dans le domaine du livre. D’où cet amendement. Car cette exonération répond à la nécessité de soutenir un secteur économique vital pour la diffusion du livre, des idées et de l’esprit critique. N’oublions pas que la librairie indépendante est un maillon essentiel dans la reconnaissance des auteurs et dans leur rencontre avec un public. A l’heure des concentrations tous azimuts, de la remise en cause des humanités à l’école et de l’idéologie du tout utilitaire, ce combat n’est pas anecdotique.
D’autant que les librairies, fortement génératrices d’emplois de qualité, disposent d’un taux de rentabilité particulièrement faible, entre 1 et 3%, qui limite leur marge de manœuvre. Pour ces librairies, l’exonération de la CVAE est importante, voire vitale. D’autant que la crise que traversent les librairies depuis février 2010, fragilise leurs chiffres d’affaires. Il importait donc que cette exonération prenne effet dès l’année 2011 et soit votée lors de la session de septembre.
En votant à l’unanimité cet amendement, la Région adresse un signe clair à la librairie indépendante et plus largement à tous ceux qui créent et innovent, qui s’autorisent à l’utopie, à penser autrement, bref à ceux qui cherchent des antidotes au fatalisme et à l’impuissance.
30 septembre 2010
J’ai souhaité réserver ma première visite en tant que président du MOTif à Antoine Gallimard, nouveau président du SNE (Syndicat national des éditeurs), qui nous a longuement reçus Vincent Monadé et moi vendredi 3 septembre.
Antoine Gallimard symbolise à mes yeux le monde de l’édition et des idées. Mais cet homme incarne aussi la résistance à la tentation monopoliste toujours plus présente dans l’édition.
Avec le SNE, nous partageons la volonté de valoriser et soutenir la Loi Lang qui depuis bientôt 30 ans permet, grâce au prix unique de livre, le maintien d’un tissu dense de libraires et le droit à la création des auteurs.
Mais aujourd’hui, l’enjeu qui nous mobilise concerne l’élargissement au livre numérique du prix unique et de la TVA à 5,5%. Avec Antoine Gallimard, nous avons convenu d’agir sur ces sujets de façon la plus concertée possible tant auprès des décideurs français qu’envers Bruxelles. En effet, une large part de la question nécessite un arbitrage européen.
Au cours de notre entretien, la discussion a également porté sur l’importance du soutien aux petits éditeurs qui est un objectif partagé par le MOTif depuis sa création. Nous avons aussi abordé l’avenir du Salon du livre dont la forme va évoluer : il se tiendra toujours Porte de Versailles mais sur une durée plus resserrée. La Région Ile-de-France et le MOTif seront bien entendu présents à ce rendez-vous essentiel de la profession.
Plus largement, le MOTif entend continuer à donner des éléments de réflexion et de connaissance sur le livre à l’ensemble des acteurs de la filière, mais aussi contribuer au renforcement de l’économie globale de la chaîne du livre et à son insertion dans le numérique.
6 septembre 2010